GENETIQUE DU CANCER DE LA PROSTATE (ADENOCARCINOMEDE LA PROSTATE)

UNIVERSITE DE GOMA
ANNEE ACADEMIQUE : 2022-2023
FACULTE DE MEDECINE
TRAVAIL PRATIQUE DE GENETIQUE
Réalisé par :
Irénée MUNYEMUYISA KAHEHERO
Ttitulaire du cours : Prof. Dr MASUMBUKO MUNGO Bruno
GENETIQUE DU CANCER DE LA PROSTATE (ADENOCARCINOME
DE LA PROSTATE)
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INTRODUCTION
Le cancer de la prostate est un fardeau important de santé publique et une cause
majeure de morbidité et de mortalité chez les hommes dans le monde entier. Son incidence
continue d’augmenter dans de nombreux pays. La variation géographique mondiale reste
importante pour l’incidence et la mortalité du cancer de la prostate, avec des taux
disproportionnellement plus élevés parmi les hommes d’ascendance africaine.
Le cancer de la prostate se développe principalement dans la zone périphérique de la
glande et dans la majorité des cas c’est un adénocarcinome (Loubeau, 2012).
Les facteurs de risque établis du cancer de la prostate sont limités à l’âge avancé, à la
race noire, aux antécédents familiaux de cette tumeur maligne et à certains polymorphismes
génétiques. Bien que son étiologie ne soit pas encore complétement comprise, cette
pathologie est le résultat d’interactions entre des facteurs génétiques de susceptibilité, les
hormones stéroïdiennes et des déterminants environnementaux (Malik et al, 2018). De
nombreux polymorphismes et mutations et de nombreuses altérations génétiques et
épigénétiques ont été identifiés. Les anomalies de méthylation et de réparation de l’ADN sont
fréquemment observées dans les tumeurs et notamment dans le cancer prostatique. Le
changement du profil de méthylation pourrait engendrer soit l’activation des oncogènes et
l’instabilité génomique à la suite d’une hypométhylation, soit une extinction des gènes
suppresseurs de tumeurs par hyperméthylation, et conduire par conséquent, au développement
éventuel du cancer de la prostate (Nelson et al, 2003 ; Johansson et al, 2007).
Le cancer de la prostate reste peu étudié en ce qui concerne le volet génétique et
moléculaire en République Démocratique du Congo. C’est dans cette optique que nous avons
été appelés à traiter sur « la génétique des cancers de la prostate (adénocarcinome de la
prostate) ».
C’est travail partira de l’anatomie normale de la prostate à la génétique des cancers de
la prostate. Pour assurer une bonne compréhension à nos lecteurs.
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CHAPITRE I : GÉNÉRALITÉ

  1. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA PROSTATE NORMALE
    La prostate est un organe qui fait partie de l’appareil génital masculin. Situé en avant
    du rectum, sous la vessie et entoure l’urètre, conduit à partir duquel les urines sont évacuées
    depuis la vessie (al, 2011). Elle a approximativement la taille et la forme d’une noix, avec un
    poids de 20 g chez le jeune adulte, mesurant 2,5 cm de hauteur et 4 cm de largeur (al, 2003)
    (Figure 1).
    Figure 1: Position de la prostate dans l’appareil urogénital masculin (al, 2012).
    Selon McNeal la prostate est composée de 3 zones glandulaires (Figure 2) :
  • La zone périphérique, palpable au toucher rectal, représente la plus grande
    zone du tissu glandulaire, et la région de développement de 68% des cancers et
    des prostatites.
  • la zone de transition, formée de deux petits lobes discoïdes placés autour de
    l’urètre, elle représente environ 5% du tissu glandulaire jusqu’à l’âge de 40
    ans, mais avec le vieillissement cette région augmente en taille pour devenir
    hypertrophique. C’est le siège de développement de l’hypertrophie bénigne de
    la prostate et de développement de 22% des cancers.
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  • la zone centrale, constitue la base de la glande prostatique qui entoure les
    canaux éjaculateurs, elle occupe 20% de la glande et 10% des cancers se
    développent dans cette zone (Puyo, 2011).
    Figure 2 : Anatomie zonale de la prostate selon McNeal en coupe transverse (A), coronale (B), axiale oblique
    (médiane) (C) et sagittale (D) (Seisen et al, 2012). U : urètre ; Up : urètre proximal ; Ud : urètre distal ; V :
    veru montanum ; CE : canal éjaculateur ; RPU : région périurétrale ; PVP : plexus veineux prostatique ; ZP
    : Zone périphérique ; ZT : zone de transition ; ZC : zone centrale ; SFMA : stroma fibromusculaire antérieur.
    La prostate est composée de glandes tubulo-alvéolaires, ramifiées, au nombre de 30 à
  1. Les glandes et les canaux sont entourés d’un stroma conjonctif constitué de fibroblastes,
    de fibres de collagène, de fibres élastiques, de nerfs, de vaisseaux sanguins et lymphatiques et
    de cellules musculaires lisses. Ces dernières ont pour fonction d’expulser le produit
    prostatique vers l’urètre. La prostate est entourée d’une épaisse couche de muscle lisse, qui
    émet des septa à l’intérieur de la glande pour soutenir la constitution glandulaire. Trois
    groupes de glande prostatique sont organisés de l’intérieur vers l’extérieur :
  • les glandes périurétrales internes (muqueuses), transvasent leurs produits de
    sécrétion directement dans l’urètre,
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  • les glandes périurétrales externes (sous-muqueuses), plus abondantes et
    débouchent leurs sécrétions dans l’urètre via de courts canaux, Ces deux
    groupes de glandes périurétrales internes et externes constituent la zone
    centrale
  • les glandes de la zone périphérique, s’ouvrent dans l’urètre au travers de longs
    canaux le long de la crête urétrale (Figure 3).
    Figure 3 : La prostate.
    Les glandes prostatiques sont formées de deux types cellulaires :
  • les cellules épithéliales sécrétoires (luminales), cylindriques, chargées de la
    fonction exocrine de la glande prostatique, responsables de la production de
    l’antigène spécifique prostatique (PSA) et de la phosphatase acide prostatique
    (PAP). Elles possèdent un réticulum endoplasmique abondant, un appareil de
    Golgi localisé entre le noyau basal et le pole apical. Ces cellules sont riches en
    granules de sécrétion et des lysosomes.
  • les cellules épithéliales basales, cubiques, chargées du renouvellement des
    cellules épithéliales sécrétoires.
    La prostate contribue avec 30% au volume total du plasma séminal, constitué de
    sécrétions prostatiques, de vésicules séminales et de glandes de Cowper (les glandes
    bulbourétrales). Le liquide prostatique est de couleur blanchâtre avec un pH acide de 6,4 qui
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    permet de préserver la vitalité et la mobilité des spermatozoïdes. La glande prostatique est
    engagée dans la miction, l’éjaculation et la fécondité. Pendant la miction, la zone
    fibromusculaire antérieure se relâche en entrainant ainsi un déverrouillage de la prostate. Lors
    de l’éjaculation qui s’effectue en deux phases, la prostate joue un rôle crucial, durant la
    première ; les muscles lisses prostatiques, l’épididyme, le canal déférent et le canal éjaculateur
    se contractent et les différents composants du sperme s’accumulent au niveau de l’urètre
    prostatique, en se dilatant entre le sphincter lisse proximal et le sphincter strié distal en
    formant ainsi le sinus prostatique. Au cours de la deuxième phase, le sphincter lisse du col de
    la vessie se ferme au moment où le sphincter distal s’ouvre. Les vésicules séminales, les
    muscles du périnée et l’urètre se contractent et le sperme est projeté vers le pénis à travers le
    méat. Sous l’effet de ces contractions la prostate est compressée ce qui provoque l’expulsion
    d’une nouvelle quantité du liquide prostatique.
  1. LE CANCER DE LA PROSTATE
    Les cancers de la prostate (CaP) se développent principalement dans la zone
    périphérique et la majorité de ces cancers sont d’origine épithéliale, alors qu’une faible
    proportion est d’origine mésenchymateuse. Les plus fréquents sont les adénocarcinomes, et
    les autres correspondants à des tumeurs neuroendocrines (Loubeau, 2012).
    Les cellules épithéliales subissent des transformations en devenant tumorales, avec
    perte de différentiation progressive menant ainsi vers des stades de plus en plus agressifs
    (Reveiller, 2008) ; de la néoplasie intraépithéliale prostatiques, au carcinome invasif et ensuite
    des métastases. Au premier temps, local, puis il s’étend et se propage au-delà de la prostate,
    donnant ainsi des métastases. Au début, ce cancer est hormonosensible, ensuite, il perd sa
    sensibilité au traitement hormonal, c’est la phase de l’indépendance aux androgènes, le
    dernier stade où il continue son développement en dépit de l’absence des hormones
    (Reveiller, 2008).
    Le grade histologique qui indique l’état d’agressivité des cellules tumorales peut être
    déterminé par le degré de différentiation représenté par le degré de ressemblance aux cellules
    saines dont elles dérivent, et l’activité proliférative (Giton, 2007).
    Généralement, le cancer de la prostate à ces stades précoces est asymptomatique, et
    dont la découverte peut être fortuite. Lorsque ce cancer évolue et progresse, ses symptômes se
    produisent. Cette pathologie affecte la miction, car la prostate entoure l’urètre, ainsi elle influe
    sur l’activité sexuelle et se manifeste par :
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  • un besoin fréquent d’uriner, surtout pendant la nuit, des difficultés à maintenir
    une miction continue, une dysurie (miction douloureuse) et l’hématurie
    (présence de sang dans les urines),
  • difficulté à accomplir un rapport sexuel, douleurs pendant l’éjaculation et
    l’hémospermie, En cas de dissémination, la tumeur se propage vers d’autres
    organes et entraine des douleurs osseuses en particulier au niveau du bassin et
    des côtes (Khan, 2011).
    Comme tout cancer le processus de la carcinogénèse prostatique se déroule en
    plusieurs étapes successives :
  • une phase d’initiation, très courte : Suite à la prolifération incontrôlée des
    cellules épithéliales à l’intérieur du compartiment luminal, les Néoplasies
    Intraépithéliales Prostatiques apparaissent (Loubeau, 2012). Des études
    histopathologiques suggèrent que les néoplasies intra-épithéliales prostatiques
    représentent les précurseurs des adénocarcinomes, dont il existe des Néoplasies
    Intra épithéliales Prostatiques de bas grade et des Néoplasies Intra épithéliales
    Prostatiques de haut grade, qui sont identifiées par la désorganisation
    structurale des unités prostatiques et elles sont classées en fonction de leur
    architecture et leur cytologie (Pommier, 2010).
  • une phase de promotion : Les néoplasies intra-épithéliales de haut grade
    constituent un stade de transition entre les néoplasies intra-épithéliales de bas
    grade et les carcinomes invasifs prostatiques. Cette transition du néoplasie
    intra-épithéliale de haut grade vers le stade de carcinome est longue et pourrait
    s’étendre sur une période de 10 ans. Au stade du carcinome, la lame basale est
    perdue, et une prolifération anormale des cellules épithéliales envahissent le
    compartiment stromal.
  • une phase de progression, d’une durée moyenne de 1 an : Les cellules en
    prolifération évoluent vers un stade plus agressif et cette agressivité se traduit
    par un envahissement des tissus adjacents : les vésicules séminales, la vessie et
    le rectum. Les cellules cancéreuses passent à travers le système lymphatique ou
    sanguin pour aller envahir les tissus et les organes adjacents et distaux comme
    les ganglions lymphatiques, l’os, le foie, les poumons, et même le cerveau.
    Cette phase de métastase ou de progression est caractérisée par la perte de
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    l’adhérence entre les cellules, et entre cellules et matrice extracellulaire
    (Pommier, 2010; Loubeau, 2012)
    Figure 4 Les différents stades d’évolution du cancer de la prostate (d’après Abate-Shen et Shen, 2000 et
    modifié en 2012 par Loubeau).
  1. LES FACTEURS DE RISQUE
    Les facteurs qui prédisposent à un cancer de la prostate sont :
  • L’âge, est un important facteur de risque dans le développement du CaP et son
    incidence croit fortement avec l’âge (al, 2018).
  • Les antécédents familiaux ; le cancer de la prostate peut se transmettre selon le
    mode autosomique dominant, transmission par le père atteint ou bien par la
    mère, et aussi selon le mode lié au sexe où la transmission par la mère touche
    l’ensemble de ses fils, mais ces derniers, en revanche, ne transmettent pas la
    prédisposition à leurs fils.
  • L’origine ethnique et la région géographique ; Le taux d’incidence du CaP le
    plus haut est constaté chez les Afro-Américains, tandis que le plus bas est
    observé dans le sud-est de l’Asie (al, 2011).
  • Les facteurs hormonaux ; Les androgènes ont un rôle crucial dans le
    développement de la glande prostatique normale, la testostérone, la
    dihydrotestostérone et aussi les œstrogènes sont responsables de plusieurs
    effets métaboliques à l’intérieur de la prostate comme : la croissance, la
    différentiation, le rôle fonctionnel mais également dans la promotion des
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    tumeurs prostatiques, ce qui a été établi depuis les années 1940 par les travaux
    de Huggins.
  • Le tabac, Différentes constatations suggèrent que le tabagisme pourrait
    augmenter l’agressivité tumorale et la mortalité spécifique par le cancer de la
    prostate.
  • Les maladies chroniques, comme l’hypertension artérielle et le diabète.
  • Les habitudes alimentaires ; une étude effectuée sur la population chinoise de
    Hong Kong indique que certains aliments et habitudes contribuent à la
    carcinogénèse prostatique comme la consommation fréquente des fritures et
    des légumes macérés dans le vinaigre, la non consommation du thé vert, ainsi
    que le travail de nuit (al, 2017).
  • La vitamine D ; des études ont indiqué que des taux élevés de la vitamine D
    étaient associés à un risque plus faible de développer un cancer de la prostate,
    ce qui concorde avec l’existence d’une incidence plus élevée de ce cancer dans
    les pays à faible ensoleillement.
  • L’obésité ; de nombreuses études ont permis de mettre en évidence le rôle de
    l’obésité comme facteur de risque dans la survenue du cancer prostatique, qui
    est plus agressif chez les hommes obèses et avec une mortalité accrue de
    l’ordre de 20 à 34%.
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    CHAPITRE II : LA GENETIQUE DU CANCER DE LA
    PROSTATE
    Le rôle de diverses altérations génétiques et épigénétiques impliquées dans les
    différentes phases de la carcinogénèse prostatique sont soulignés par les observations
    effectuées sur des traits génétiques héréditaires et par la mise en évidence d’altérations dans
    des cas de cancers sporadiques. Différentes altérations ont été identifiées dans des cellules
    prostatiques cancéreuses et qui concernent les anomalies chromosomiques, les pertes
    d’hétérozygotie, les gains de matériels chromosomiques, l’hyperméthylation des promoteurs,
    les récepteurs aux androgènes, les télomérases et de plusieurs catégories de gènes : gènes
    impliqués dans l’apoptose, dans le contrôle de la prolifération cellulaire, gènes de réparation
    de l’ADN, les gènes codant pour les enzymes impliqués dans les différents processus
    métaboliques au sein de la prostate, et ceux qui codent pour les protéines d’adhésion
    cellulaire, les facteurs angiogéniques et les métalloprotéinases impliquées dans les
    mécanismes d’invasion et de métastases (Fournier et al, 2004).
  1. LES ALTÉRATIONS GÉNIQUES IMPLIQUÉES DURANT
    L’ÉVOLUTION DU CANCER PROSTATIQUE
    Plusieurs altérations géniques ont été incriminées d’avoir un rôle durant l’évolution du
    cancer de la prostate, un certain nombre d’entre eux ont été observées durant la phase
    d’initiation tandis que d’autres ont été constatées durant la phase de promotion et de
    progression.
    a. Les altérations géniques impliquées durant la phase d’initiation
    1) Le gène homéotique NKx3.1(NK3 homeobox 1)
    La phase d’initiation de la carcinogénèse prostatique est caractérisée par la perte du
    gène homéotique NKx3.1, qui se localise en 8p21.2, ce gène suppresseur de tumeur code pour
    un facteur de transcription impliqué dans la régulation négative de la croissance des cellules
    épithéliales de la prostate. En plus, ce gène est probablement impliqué dans la différentiation
    des cellules prostatiques saines car sa perte conduit à la déformation des canaux prostatiques,
    ainsi qu’à l’altération des fonctions sécrétrices (al, 2007 ; Loubeau, 2012).
    10
    2) Le gène CDKN1B (Cyclin Dependent Kinase inhibitor 1B)
    Le gène suppresseur de tumeur CDKN1B est localisé en 12p13.1 et code pour la
    protéine p27 qui inhibe les CDK (kinase cycline dependente). Dans les stades primaires des
    cancers prostatiques, un allèle est fréquemment délété (al, 2007).
    3) L’oncogène MYC (MYC proto-oncogène)
    L’oncogène MYC situé en 8q24.21, code pour un facteur de transcription régulant
    plusieurs gènes qui sont impliqués dans la prolifération, la senescence, l’apoptose et le
    métabolisme cellulaire. Son surexpression peut directement entrainer la transformation
    cellulaire (al, 2007).
    b. Les altérations géniques impliquées durant la phase de promotion et
    de progression
    1) Le gène PTEN (Phosphatase and TENsin homolog)
    La perte de la région 10q23 est très fréquente dans les cancers de la prostate, cette
    région renferme le gène PTEN situé en 10q23.31, ce gène suppresseur de tumeur est impliqué
    dans la suppression de la prolifération cellulaire et favorise l’apoptose, sa perte conduit à
    l’activation des kinases PI3K et AKT (PhosphoInositide 3-OH Kinase, Protein Kinase B) ce
    qui rend les cellules insensibles à l’apoptose. Il a été observé qu’un allèle est souvent délété
    dans les cancers primaires et des mutations sont également retrouvées dans les stades
    primaires et les stades avancés (les lésions métastatiques). Au cours des phases avancées du
    développement tumoral, la perte du gène PTEN favorise l’envahissement des cellules
    cancéreuses vers d’autres sites (al, 2007 ; Loubeau, 2012).
    La fusion génique PTEN et TMPRSS2/ERG
    La perte du gène PTEN est associée à la fusion génique TMPRSS2/ERG, cette fusion
    survient suite à une délétion ou bien à un réarrangement chromosomique retrouvé dans tous
    les stades d’évolution de ce cancer. Elle a été observée dans 50% des cancers de la prostate
    (al, 2007 ; Loubeau, 2012).
    2) Le gène Rb (Rétinoblastome)
    Dans la phase de progression, la perte de la région 13q (Loubeau, 2012) a des
    conséquences graves, puisqu’elle renferme le gène suppresseur de tumeur Rb qui code pour
    une phosphoprotéine de 110 kDa ayant comme fonction, la régulation de la transition entre les
    phases G1-S du cycle cellulaire, et régule aussi la croissance et la différentiation, et est
    11
    également impliquée dans la régulation de l’apoptose des cellules prostatiques, sa délétion
    conduit à des anomalies du développement et à la formation des carcinomes invasifs.
    3) Le gène p53 (tumor protein p53)
    Dans les stades avancés des cancers de prostate, il a été observé la perte du gardien du
    génome « p53 » qui est un gène suppresseur de tumeur positionné en 17p13.1. Il possède
    plusieurs fonctions comme : l’induction de l’apoptose, l’arrêt du cycle cellulaire et assure la
    stabilité génomique. Des mutations sont retrouvées dans 50% des stades avancés et les
    cancers de prostate réfractaires aux hormones (al, 2007). La perte des deux gènes p53 et Rb
    conduit à la formation des carcinomes métastatiques.
    4) Les gènes de régulation du cycle cellulaire
    La progression du cycle cellulaire est assurée par les complexes Cyclines/Cdk dont
    l’activité est régulée par des protéines inhibitrices, Cdki (Cyclin-dependent kinase inhibitor).
    Dans une prostate saine, il y a un équilibre entre prolifération et apoptose, cela est dû à la
    régulation de l’expression des Cdki, tandis que la dérégulation de l’expression de ces
    dernières représente un évènement clé dans la progression des cancers de la prostate. Des
    études ont identifié la perte de fonction de l’inhibiteur de Cdk4 qu’est la p27 dans environ
    50% des CaP. Ils ont observé que son expression diminue au fur et à mesure que le grade
    tumoral augmente (Loubeau, 2012).
    5) Le gène Bcl-2 (B-cell lymphoma 2)
    Le gène Bcl-2, code pour une protéine impliquée dans la régulation de l’apoptose
    exprimé uniquement par les cellules basales d’une glande prostatique saine. En cas de cancer,
    il a été constaté une surexpression de la Bcl-2 qui est associée avec la croissance androgénoindépendante.
    6) Le gène de récepteurs aux androgènes
    Le gène AR (récepteur aux androgènes) est situé sur le choromosome X en position
    Xq12, code pour le récepteur aux androgènes, ce locus est amplifié ou muté dans le cancer
    avancé et réfractaire aux hormones. Ce facteur de transcription favorise l’expression des
    gènes qui interviennent dans la phase de progression du cancer prostatique.
    12
  2. LES POLYMORPHISMES GÉNIQUES ET CANCER DE LA
    PROSTATE
    Plusieurs polymorphismes génétiques ont été identifiés comme étant associés au
    cancer de la prostate.
    a. Le gène MTHFR (méthylène tétrahydrofolate réductase)
    Le gène MTHFR est localisé en position 1p36.3, qui s’étend sur 2,2 kb et renferme 11
    exons.
    Le gène MTHFR code pour une enzyme nommée la 5-10 méthylène tétrahydrofolate
    réductase, qui joue un rôle crucial dans le métabolisme des folates, ces derniers sont
    indispensables pour la méthylation de l’ADN, la synthèse des nucléotides et l’intégrité
    génomique. Une activité anormale de cette enzyme peut entrainer le développement du cancer
    en affectant la synthèse, la méthylation et la réparation d’ADN (Johansson et al, 2007).
    L’hypométhylation de l’ADN peut provoquer l’activation des oncogènes et
    l’instabilité génomique. Il a été observé que l’hyperméthylation joue un rôle important durant
    la carcinogénèse prostatique. La méthylation des ilots CpG dans le promoteur du gène GSTP1
    entraine la perte de son expression, par conséquent, le développement du cancer prostatique
    (Johansson et al, 2007).
    b. Le gène XRCC4 (X-ray cross complementing group 4)
    Le gène XRCC4, est localisé sur le chromosome 5q14.2, et code pour une protéine de
    336 acides aminés. Le gène XRCC4 joue un rôle important dans le maintien de la stabilité
    génomique. De même, son activité anormale joue un rôle clé dans la carcinogénèse.
  3. FACTEURS DE RISQUE GÉNÉTIQUES POUR LE CANCER DE
    LA PROSTATE
    a. Aspect épidémiologique
    L’incidence du cancer de la prostate, cancer le plus fréquent après l’âge de 50 ans,
    varie selon les pays. Les seuls facteurs de risque identifiés avec certitude sont l’origine
    ethnique et les antécédents familiaux d’un cancer du même type. Les formes familiales sont
    observées dans environ 20% des cas, et une transmission héréditaire est retrouvée dans 5%
    des cas. Six locus de prédisposition sont connus, mais d’autres restent à identifier.
    13
    L’hétérogénéité génétique de la prédisposition au cancer de la prostate est associée à la
    diversité de l’origine ethnogéographique des familles. Dans certaines formes familiales,
    l’association d’un cancer de la prostate à un autre type de cancer suggère l’existence de gènes
    de prédisposition communs. Les autres formes familiales et sporadiques impliqueraient un
    mode d’hérédité polygénique ou multifactoriel. Ainsi, certains polymorphismes génétiques
    ont été associés à un risque individuel accru de cancers de la prostate et pourraient expliquer
    les importantes variations d’incidence (Olivier, 2004).
    La survenue d’une forme familiale de cancer de prostate (au moins 2 cas chez des
    apparentés du premier degré) dans 13% à 26% des cas, et à un risque relatif pour un parent du
    premier degré (père, fils ou frère du sujet atteint) de 1,6 à 11: ce risque varie avec le nombre
    d’apparentés atteints, le degré de parenté et l’âge au diagnostic de l’apparenté porteur du
    cancer. Au sein de ces familles, une forme héréditaire est reconnue avec des critères plus
    stricts: 3 cas chez des apparentés du premier ou du second degré, ou 2 cas diagnostiqués avant
    l’âge de 55 ans; elle n’a été mise en évidence que chez 5% des patients. La transmission
    héréditaire peut se faire non seulement sur un mode autosomique dominant (transmission par
    le père atteint ou par la mère), mais aussi sur un mode lié au sexe (la transmission par la mère
    touche alors l’ensemble de ses fils, qui en revanche ne transmettent pas la prédisposition à
    leur(s) propre(s) fils). Il est donc probablement nécessaire d’étendre les critères de
    reconnaissance des formes héréditaires aux familles chez lesquelles au moins cas de cancer
    (ou 2 cas avant 55 ans) sont survenus chez des apparentés du second degré de la branche
    familiale des mères et des filles d’hommes atteints. Cette transmission liée au sexe est
    probablement sous-estimée, car la maladie saute régulièrement une génération (Figure 5).
    b. Aspects génétiques
    En 1996, une équipe du John-Hopkins Hospital de Baltimore (MD) a suggéré que la
    région 1q24-25 du chromosome 1 contiendrait un gène de prédisposition au cancer de la
    prostate (HPC1, hereditary prostate cancer 1) (Xu, 2000). En Europe, on a identifié en 1998
    un locus de prédisposition, nommé PcaP (predisposing for prostate cancer), dans la région
    télomérique du bras long du chromosome 1 (1q42.2-43) [10, 11]. Depuis, plusieurs autres
    locus pour des gènes de prédisposition aux formes héréditaires de cancer de la prostate ont été
    identifiés: HPCX (Xq27-28), HPC20 (20q13), HPC2 (17p11), PG1 (prostate cancer
    susceptibility gene 1) (8p22-23). D’autres locus de prédisposition, dans les régions
    chromosomiques 5q31-33, 7q32 et 19q12, seraient associés à des formes familiales
    particulièrement agressives de la maladie. Ces résultats soulignent l’hétérogénéité génétique
    14
    de la prédisposition au cancer de la prostate dans sa forme héréditaire (Karayi, 2000) : double
    mode de transmission (autosomique dominant et lié au sexe) et implication variable des gènes
    de prédisposition selon l’origine ethnogéographique des familles.
    Figure 5 : Critères cliniques de reconnaissance des formes héréditaires de cancer, * Pas d’antécédents de
    cancer de la prostate dans la génération.
    15
    ANNEXE
  4. PRESENTATION DE L’AUTEUR
  • NOM : Irénée MUNYEMUYISA KAHEHERO
  • CURSUS SCOLAIRE : école primaire et maternel au Complexe Scolaire
    Marie Corenson à Beni ; secondaire au Petit séminaire Tumaïni Letu à
    Musienene ensuite au Lycée Mwendu à Beni pour finir en Scientifique au
    collège KAMBALI à Butembo ; aujourd’hui étudiant régulièrement inscrit à
    Troisième Licence en Faculté de Médecine à l’UNIGOM.
  • ADRESSE PHYSIQUE ACTUELLE : Goma quartier MABANGA NORD,
    derrière Orix.
  • ADRESSE ELECTRONIQUE :
    o Numéro WhatsApp : +243 990 804 565
    o Adresse Email domicile : munyemuyisairenee@gmail.com
    o Adresse Email académique :
    ireneemunyemuyisa@student.unigom.ac.cd
    Adresse Facebook et Instagram : Irénée MUNYEMUYISA KAHEHERO
    16
    REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
  • Loubeau G. Impact de la surexpression de la protéine nucleophosmine (NPM1) sur la
    progression des cancers de la prostate. Thése en physiologie et génétique moléculaires.
    France : Université Blaise Pascal. 2012; 332 p.
  • Malik SS, Batool R, Honors BS, Masood N, Yasmin A. Risk factors for prostate
    cancer: A multifactorial case-control study. Curr Probl Cancer 2018;42(3):337-43.
  • Al Nakouzi N. Etablissement d’un nouveau modèle préclinique de cancer de la
    prostate et identification de biomarqueurs de résistance au docetaxel. Thèse en
    médecine. Paris: Université Paris Sud – Paris XI. 2011; 261 p.
  • Johansson M, Van Guelpen B, Hultdin J, Wiklund F, Adami HO, Bälter K, Grönberg
    H, Stattin P. The MTHFR 677C→T polymorphism and risk of prostate cancer: results
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  • Nelson WG, De Marzo AM, Isaacs WB. Prostate cancer. N Engl J Med
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    pathologique reliée au statut hormonal. Thèse en biologie cellulaire. France :
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  • Giton F. Rôle émergent des œstrogènes dans le cancer de la prostate, sulfate
    d’œstrone : marqueur de l’agressivité tumorale. Thèse en pharmacologie
    expérimentale et cliniques. France : Université Paris XII. 2007; 227 p.
  • Khan H. Determinants of prostate cancer: the birmingham prostatic neoplasms
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    la prostate. Thèse en physiologie et génétique moléculaires. France : Université Blaise
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  • Olivier C, Géraldine CT. Facteurs de risque génétiques pour le cancer de la prostate.
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    prostate cancer. BJU Int 2000; 86: 659-69.
    17
    TABLE DE MATIERE
    INTRODUCTION……………………………………………………………………………………………. 1
    CHAPITRE I : GÉNÉRALITÉ ………………………………………………………………………….. 2
  1. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA PROSTATE NORMALE…………. 2
  2. LE CANCER DE LA PROSTATE ………………………………………………………… 5
  3. LES FACTEURS DE RISQUE……………………………………………………………… 7
    CHAPITRE II : LA GENETIQUE DU CANCER DE LA PROSTATE………………….. 9
  4. LES ALTÉRATIONS GÉNIQUES IMPLIQUÉES DURANT
    L’ÉVOLUTION DU CANCER PROSTATIQUE……………………………………………………….. 9
    a. Les altérations géniques impliquées durant la phase d’initiation …………….. 9
    b. Les altérations géniques impliquées durant la phase de promotion et de
    progression 10
  5. LES POLYMORPHISMES GÉNIQUES ET CANCER DE LA PROSTATE
    12
    a. Le gène MTHFR (méthylène tétrahydrofolate réductase)…………………….. 12
    b. Le gène XRCC4 (X-ray cross complementing group 4)……………………….. 12
  6. FACTEURS DE RISQUE GÉNÉTIQUES POUR LE CANCER DE LA
    PROSTATE 12
    a. Aspect épidémiologique…………………………………………………………………… 12
    b. Aspects génétiques………………………………………………………………………….. 13
    REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES …………………………………………………………… 16